Payvagues

Parution février 2023, éditions L’Attente, 102 p.

Payvagues est un voyage en quatre récits avec pour guides des voix de femmes aux pouvoirs cosmo-telluriques. Des individus mènent des expériences inédites sous leur influence, dans des zones au climat bouleversé, entre désolation et merveilleux. Iels explorent des relations nouvelles avec la faune et la flore, les phénomènes géologiques et climatiques, découvrent de nouveaux états organiques et symbiotiques.

Une forme scénique est en préparation avec Christian Vialard aux machines.

La couverture du livre : photographie de Christophe Bouvier.

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Extrait

Les racines du paulownia grossissent, sortent de terre, de nouvelles cellules engendrent d’autres cellules. Elles bourgeonnent, s’étendent, se ramifient, se croisent pour former un tapis enchevêtré. Certaines se séparent comme un organisme indépendant. Des racines avec des petits crampons à des endroits de leurs tiges et à d’autres, de longs filaments blancs. Une association antérieure se recompose, un partenariat entre un arbre et une autre espèce végétale. Un champignon avec ses hyphes aurait contracté l’arbre. Les racines séparées sautent. Font du spasme. S’aèrent au vent, se disposent en couronne, pivotent en latéral, agitent leurs poils absorbants. Font du spasme. Se torsionnent autour des pierres dans le sol et créent des fentes d’où se libèrent des gaz. Font du spasme. Les feuilles du paulownia se dilatent et croissent jusqu’à recouvrir la remorque de chantier, les champs et les grottes des mergules. Les nervures des feuilles se bombent, se réticulent, s’agitent comme des palmes excédant les feuilles, jusqu’à former des éventails qui s’agitent au vent. Font du spasme. Une vaste canopée ploie au-dessus d’eux, une strate supérieure où l’énergie du soleil est captée. Une bulle de cimes majestueuses. Un tissu qui aurait été tendu comportant quelques trouées de lumière. La sève monte, les vaisseaux s’ouvrent. Transpiration, poussée et pression racinaire. Les feuilles des bananiers, casuarinas et agaves se spiralent et viennent rejoindre la canopée. Font du spasme. Le sol se comprime au niveau des rhizomes des bambous. Les chaumes augmentent en diamètre et évacuent des nuages noirs. Par secousses régulières, la terre régurgite, liquides nauséabonds, poches de cendres, gaz toxiques. Nuages noirs, épais, qui à force de spasmes deviennent blancs, puis incolores puis inodores. Font du spasme. Dans les dos de tortues, les lagopèdes alpins se frottent les uns aux autres. La caroncule des mâles, excroissance rouge et charnue au bord de l’iris, se dilate et devient rouge fluo. Ils suintent dans l’odeur de sucre et de miel, le nectar de la callune et autres pollens, se frottent aux feuilles pétiolées, oblongues des dryades à huit pétales, de plus en plus cotonneuses. Bourres de coton, houppe de fibres blanches et soyeuses qui s’étendent. Dans ce parfum d’éthanol à ivresse rapide, les lago caquètent et déploient leurs queues. Débute un riff à sonorités basses et creuses, le riff du KEEKRE qu’ils samplent tous ensemble. Font du spasme. Longs bruissements de l’air à longue portée, le riff ricoche contre les parois de la grotte des mergules, dans le lit du fleuve, ricoche contre pavage au fond, repris au loin par les vaches marines. 

Météorite Cartels

À l’invitation de Christine Laquet, plasticienne. Dans le cadre de son exposition Apparition Disparaissante,
Site Saint-Sauveur, Rocheservière, 2017.

J’écris un texte sous forme de partitions textuelles, qui devient à la fois une création plastique et une performance. Le texte oscille entre documentaire et fiction, il tente d’appréhender la météorite de Rocheservière depuis des réflexions historiques, anthropologiques, artistiques…

Il sera ensuite publié dans la revue l’Observatoire de l’Espace du Cnes.

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Extraits

1.bis

vendredi 5 du mois de novembre 1841,
une chute a lieu près de F. Douillard,
homme de petite taille, plein de santé et très alerte,
il est au travail, une heure après le coucher du soleil,
il entend un sifflement effrayant, 
venant de l’ouest,
suivi d’une formidable explosion,
une chute se produit à 100/150 mètres de lui,
F. Douillard ne remarque pas de trainée lumineuse,

2.

mardi 17 du mois d’octobre 2017,
B. Latour est invité dans La tête au carré
pour son ouvrage « où atterrir ? » (comment s’orienter en politique) 
– ce serait une sorte de brûlot d’écologie politique –
le sol est en question, le sol est la question, 
principale surface de soutien pour les animaux terrestres,
– pour humains et non-humains –
nous vivons à la surface, n’accédons jamais au centre de la terre,

4bis.

novembre 2017,
C. Laquet, 
infuse la météorite,
dans son atelier,
se livre à des expériences de météorisation,
l’air encore porte odeurs, couleurs, 
altérations chimiques, atmosphériques, climatiques,
opérations de phénomènes de destruction et de synthèse,
elle rizo-printe
elle feutre
elle frotte pierre au visage
elle brioche
elle fluorise
elle balance
elle sent la calcinée
et l’olivine
elle prise la météorite,

Grégory V.

Autour du travail de Grégory Valton. Galerie Confluence, Nantes, Juin 2016.

J’effectue des séances de conversation avec Grégory Valton au sujet de son travail artistique : des lignes s’esquissent, des bifurcations et des nœuds apparaissent, des temps de pause ou de silence ponctuent la parole.
Je compose un texte : il oscille entre le croquis cartographique et le journal poétique, il livre et masque des indices, il joue de références réelles ou fictives à propos du processus de l’artiste.
Je mets en scène cette enquête dans le lieu d’exposition des œuvres de Grégory Valton.