Payvagues

Parution le 16 Janvier 2023, éditions L’Attente, 102 p.

Payvagues est un voyage en quatre récits avec pour guides des voix de femmes aux pouvoirs cosmo-telluriques. Des individus mènent des expériences inédites sous leur influence, dans des zones au climat bouleversé, entre désolation et merveilleux. Iels explorent des relations nouvelles avec la faune et la flore, les phénomènes géologiques et climatiques, découvrent de nouveaux états organiques et symbiotiques.

Un set musical et littéraire est en préparation, sur scène à partir de mars 2023.

La couverture du livre : photographie de Christophe Bouvier.

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Extrait

Les racines du paulownia grossissent, sortent de terre, de nouvelles cellules engendrent d’autres cellules. Elles bourgeonnent, s’étendent, se ramifient, se croisent pour former un tapis enchevêtré. Certaines se séparent comme un organisme indépendant. Des racines avec des petits crampons à des endroits de leurs tiges et à d’autres, de longs filaments blancs. Une association antérieure se recompose, un partenariat entre un arbre et une autre espèce végétale. Un champignon avec ses hyphes aurait contracté l’arbre. Les racines séparées sautent. Font du spasme. S’aèrent au vent, se disposent en couronne, pivotent en latéral, agitent leurs poils absorbants. Font du spasme. Se torsionnent autour des pierres dans le sol et créent des fentes d’où se libèrent des gaz. Font du spasme. Les feuilles du paulownia se dilatent et croissent jusqu’à recouvrir la remorque de chantier, les champs et les grottes des mergules. Les nervures des feuilles se bombent, se réticulent, s’agitent comme des palmes excédant les feuilles, jusqu’à former des éventails qui s’agitent au vent. Font du spasme. Une vaste canopée ploie au-dessus d’eux, une strate supérieure où l’énergie du soleil est captée. Une bulle de cimes majestueuses. Un tissu qui aurait été tendu comportant quelques trouées de lumière. La sève monte, les vaisseaux s’ouvrent. Transpiration, poussée et pression racinaire. Les feuilles des bananiers, casuarinas et agaves se spiralent et viennent rejoindre la canopée. Font du spasme. Le sol se comprime au niveau des rhizomes des bambous. Les chaumes augmentent en diamètre et évacuent des nuages noirs. Par secousses régulières, la terre régurgite, liquides nauséabonds, poches de cendres, gaz toxiques. Nuages noirs, épais, qui à force de spasmes deviennent blancs, puis incolores puis inodores. Font du spasme. Dans les dos de tortues, les lagopèdes alpins se frottent les uns aux autres. La caroncule des mâles, excroissance rouge et charnue au bord de l’iris, se dilate et devient rouge fluo. Ils suintent dans l’odeur de sucre et de miel, le nectar de la callune et autres pollens, se frottent aux feuilles pétiolées, oblongues des dryades à huit pétales, de plus en plus cotonneuses. Bourres de coton, houppe de fibres blanches et soyeuses qui s’étendent. Dans ce parfum d’éthanol à ivresse rapide, les lago caquètent et déploient leurs queues. Débute un riff à sonorités basses et creuses, le riff du KEEKRE qu’ils samplent tous ensemble. Font du spasme. Longs bruissements de l’air à longue portée, le riff ricoche contre les parois de la grotte des mergules, dans le lit du fleuve, ricoche contre pavage au fond, repris au loin par les vaches marines.