Vermeille


Parution 16 avril 2026 aux éditions de l’Attente.
Couverture : Dessin original de Guillaume Querré.

Dans un futur proche, une sécheresse chronique ravage les terres du sud de la France. Une nuit de juillet, un vent brûlant anéantit la plupart des vignes de Jo. Ultime représentante d’une communauté de vignerons engagés, elle tient tête au monde qui se détraque, aux avidités de l’e-agriculture, et tente de survivre à l’exode de son entourage. Avec panache dans le désespoir. Accompagnée de Wanda et Ferhat, ses derniers complices, jusqu’où Jo pourra-t-elle résister ?

Un récit climatique, innervé par une énergie éco-féministe, où faire du vin est une survivance rituelle, comme une danse au-dessus du brasier.

Un extrait en ligne.

Le lancement aura lieu le dimanche 19 avril 2026 à la Librairie Victor et Madeleine à Canet (66), en présence du Domaine Yoyo, et en discussion avec Hawha Sylla.

La note de lecture de Xavier Boissel :

« Il y a un quart de siècle, dans Dionysos crucifié, Michel Le Gris analysait comment le capitalisme tardif avait transformé le vin par le passage d’une logique artisanale à une production industrielle. Œnologie, levures sélectionnées, marketing global et parkerisation ont modelé nos perceptions gustatives. Le vin, fruit d’un terroir, d’un climat et d’un savoir-faire humain, est devenu produit lisse, fruité, boisé, techniquement parfait… mais appauvri en singularité. Le vivant, l’imprévisible, l’aura du sensible se sont mués en marchandise optimisée pour l’accumulation du capital.

Vingt-cinq ans plus tard, Vermeille de Florence Jou pousse cette logique à son terme dystopique. Sur la Côte Vermeille ravagée par la sécheresse chronique et les vents brûlants, Jo, vigneronne réfractaire à l’industrie, voit ses ceps mourir sous les coups du dérèglement climatique – conséquence directe de la loi de la valeur et de l’e-agriculture. Acculée par les dettes et l’exode, elle transforme sa dernière récolte en « vin de la colère », rituel de résistance éco-féministe et païenne face à l’effondrement du vivant.

Là où Le Gris diagnostiquait la domination de la technique et de la marchandise sur le goût, Jou nous plonge dans la résistance désespérée, sensuelle et colérique d’un reste de communauté contre un capital qui dévore jusqu’à la terre elle-même.

Deux faces d’une même critique matérialiste : le capital tardif ne produit pas seulement des marchandises, il produit la destruction des conditions de toute vie non-marchande. Le vin n’est qu’un symptôme – le vivant tout entier est en jeu.

Lisez-les ensemble : du diagnostic à la fiction climatique. Dionysos n’est pas mort… mais il saigne. »

La note de lecture d’Eric Pessan :

« Le petit pays dont il est question est coincé entre la Méditerranée et les Pyrénées, juste en lisière de la frontière espagnole, en pleine Occitanie. Là, Jo a voulu faire du vin, du vin nature. Jo n’est pas seule, il y a Wanda, sa chienne avec elle, et l’aide de Ferhat, et toute une bande d’utopistes concrets, comme elle, qui ont voulu opposer leur savoir-faire agricole à la marche du monde. Le vent de plus en plus chaud brûle les vignes comme toute végétation, les petites exploitations sont peu à peu absorbées par de gigantesques entreprises qui mécanisent à outrance les productions. Les drones volent au-dessus de la tête de Jo tandis qu’elle procède à sa toute dernière vinification.

« Vermeille » est un roman de science-fiction agricole, une utopie de résistance, un livre consacré à celles et ceux qui osent entreprendre une agriculture différente (Florence Jou a enquêté sur place, rencontré de nombreux viticulteurs – et viticultrices), c’est un livre de révolte contre le capitalisme prédateur, contre ce que l’humain fait au sol par cupidité. C’est un roman d’une grande densité, incarné, indocile, où le désespoir engendre à la fois la folie et l’envie d’en découdre. »